Depuis la généralisation des centraux téléphoniques à numérotation par fréquences vocales (DTMF), de nombreuses réalisations utilisant cette technique ont été décrites dans les revues spécialisées, dont ELECTRONIQUE PRATIQUE. Celle-ci permet de télécommander par téléphone jusqu'à dix dispositifs différents, sans perturber les communications "normales" avec ou sans répondeur.
En effet, il peut ĂȘtre intĂ©ressant de commander Ă distance un certain nombre d'appareils domestiques comme le chauffage Ă©lectrique,
l'arrosage du jardin, ou l'Ă©clairage de certaines piĂšces, voire de persiennes Ă©lectriques, par exemple dans un but de dissuasion vis-Ă -vis de cambrioleurs Ă©ventuels, en particulier en pĂ©riode de vacances. Ce genre de tĂ©lĂ©commande prend d'autant plus d'intĂ©rĂȘt que les tĂ©lĂ©phones portables se gĂ©nĂ©ralisent, et rendent alors l'usage de celle-ci indĂ©pendant de l'heure et du lieu. Lorsqu'il s'agit de commander un appareil Ă bonne distance (qu'on ne voit donc pas, sauf dans le cas du modĂ©lisme), l'utilisateur est en gĂ©nĂ©ral confrontĂ© au doute de la prise en compte de la commande. Le montage dĂ©crit ici confirme que l'ordre a bien Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©, sous la forme d'un signal sonore particulier Ă chaque commande. Par ailleurs, la sĂ©curitĂ© de fonctionnement d'une ligne tĂ©lĂ©phonique par rapport Ă un systĂšme radio, et l'utilisation d'un mot de passe obligatoire confĂšrent Ă cette tĂ©lĂ©commande une certaine fiabilitĂ©.
Principe de fonctionnement
Supposons un utilisateur désireux d'allumer le chauffage de sa maison de campagne avant de s'y rendre. Il compose alors le numéro de celle-ci. AprÚs un certain nombre de sonneries (12 par défaut), le systÚme décroche, et attend un mot de passe composé de 4 caractÚres choisis parmi les 12 touches du clavier téléphonique. Le systÚme "raccroche", instantanément si le mot de passe n'est pas correct, ou au bout de 28 secondes (par défaut) si aucune touche n'est actionnée. Si le mot de passe est correct, le systÚme envoie un signal sonore pour indiquer qu'il attend une commande. L'utilisateur peut alors taper une commande de 2 caractÚres, correspondant, dans cet exemple, à la mise en service du chauffage. Un nouveau signal sonore accuse réception de la commande. L'utilisateur peut, à tout moment, interroger la télécommande pour savoir quels sont les relais activés.
L'ensemble des commandes possibles, et des signaux sonores associés, est résumé dans le tableau ci-dessus. Le nombre de sonneries nécessaire à la prise de ligne par la télécommande est par défaut fixé à 12. Ce nombre est,
priori, suffisant pour qu'un appelant "ordinaire" raccroche avant que
systÚme décroche. Si, lors d'un appel, quelqu'un (ou un répondeur) décroche, la télécommande en tient compte,
restera muette tant que le mot de passe correct ne sera pas entré.
tĂ©lĂ©commande est toutefois parfaitement fonctionnelle mĂȘme
un répondeur a pris la ligne, pourvu que le mot de passe correct soit entré. Si le répondeur raccroche alors que la télécommande est en cours d'utilisation, celle-ci reprend la ligne instantanément. Ainsi, la présence de la télécommande est complÚtement transparente et permet (heureusement !) un usage normal du téléphone. La seule différence est que l'usage de la télécommande en présence d'un répondeur aura pour effet l'enregistrement des divers bips sonores et fréquences "vocales" émis lors de la communication. Mais ceci ne constitue pas un inconvénient majeur. L'ordinogramme ci-contre résume le fonctionnement de la télécommande.
Description du schéma électrique
Lorsqu'un appel survient, la tension alternative de sonnerie, de plusieurs dizaines de volts, traverse C1 et R1 (voir le schĂ©ma). Les alternances nĂ©gatives sont rĂ©duites Ă la tension de seuil de D1, et bloquĂ©es par D2. Les alternances positives sont Ă©crĂȘtĂ©es par D1 Ă 5,6V, et traversent D2, pour ĂȘtre filtrĂ©es par C2. La tension continue qui en rĂ©sulte est appliquĂ©e aux entrĂ©es 12 et 13 de IC1/b. La sortie 11 de cette porte NAND est ensuite appliquĂ©e aux entrĂ©es 5 et 6 de la porte IC1/c. On dispose donc, en sortie 4 de cette porte, d'un +5V lors de chaque sonnerie.
Ce signal est ensuite appliqué sur la broche 6 du port A, configurée en entrée, du microcontrÎleur IC3. R2 assure une décharge suffisante de C2 entre deux sonneries. Si un délai supérieur à 5s
s'écoule entre 2 sonneries, le systÚme considÚre qu'il s'agit de 2 appels différents, ou de signaux parasites, et réinitialise le comptage. Lorsque le nombre de sonneries atteint 12 par défaut, le systÚme prend la ligne et attend le mot de passe. Si la ligne est prise par un répondeur avant que le nombre de sonneries soit atteint, le systÚme ne prend pas la ligne, mais attend le mot de passe. Lorsque la ligne téléphonique est libre, il existe à ses bornes une tension continue d'environ 48V. Lorsqu'un poste est décroché, cette tension s'établit entre 5 et 10V environ. En sortie du diviseur constitué par R3 et R4 on dispose donc d'une tension d'un peu plus de 4V si la ligne est libre, et inférieure au volt si la ligne est connectée. Cette tension est appliquée sur les entrées 1 et 2 de IC1/a. Le signal de prise de ligne disponible en sortie 3 de cette porte, est acheminé sur la broche 5 du port A, configurée en entrée, de IC3. Les diodes D3 et D4 interdisent les niveaux excessifs ou négatifs, dus à la tension alternative de sonnerie.
On pourra s'Ă©tonner de la prĂ©sence de IC1 (dont, d'ailleurs, seulement 3 portes sont utilisĂ©es), car les signaux de sonnerie et de prise de ligne auraient pu ĂȘtre traitĂ©s directement par IC3. Cette disposition Ă©vite prĂ©cisĂ©ment une connexion trop directe entre une ligne extĂ©rieure et les entrĂ©es de IC3, composant relativement coĂ»teux. Les signaux audio disponibles sur la ligne au travers de C1 sont acheminĂ©s par C13, et le pont diviseur constituĂ© par R6 et R7, sur l'entrĂ©e 9 de IC2. Il s'agit du trĂšs connu SS1202P (ou CD22202), dĂ©codeur DTMF (Dual Tone Multi Frequencies). Le choix de ne pas prendre la ligne, si un rĂ©pondeur a "dĂ©crochĂ©", impose que ce dĂ©codeur reste en permanence connectĂ© sur celle-ci. L'impĂ©dance Ă©levĂ©e de C13 devant les 25 ou 50 Hz de la sonnerie ainsi que la prĂ©sence des diodes D15 et D16 maintiennent ce dĂ©codeur dans ses tolĂ©rances de fonctionnement. Lorsqu'il reçoit une paire de frĂ©quences identifiĂ©e comme code DTMF, ce dĂ©codeur voit sa broche 15 passer au niveau haut (dĂ©tection de code valide), tandis que ses broches 1, 16, 17 et 18 reflĂštent la valeur hexadĂ©cimale du code reçu.
Le signal de code valide est injectĂ© Ă la broche PA4 de IC3, et le code reçu est transmis aux broches PA0 Ă PA3, toutes ces broches Ă©tant bien sĂ»r configurĂ©es comme entrĂ©es. Un quartz Ă 3,5795 MHz pilote l'oscillateur de IC3, dont une partie de l'Ă©nergie est utilisĂ©e, au travers de C6, pour piloter IC2. Les broches PA7, PB0 Ă PB7, et PC3 de IC3 sont configurĂ©es en sortie push-pull, et commandent les relais K1 Ă K10 par l'intermĂ©diaire des rĂ©seaux d'amplis darlington contenus dans IC4 et IC5. Les broches PC1 et PC2, configurĂ©es en sorties, sont utilisĂ©es respectivement Ă activer le relais K11 de prise de ligne, et Ă gĂ©nĂ©rer sur la ligne les diffĂ©rents signaux sonores. Quant Ă la broche 7 du port C, configurĂ©e en entrĂ©e avec tirage au +5V, elle permet le fonctionnement de la tĂ©lĂ©commande en mode local lorsque le bouton-poussoir S1 a Ă©tĂ© actionnĂ©. Dans ce mode, la tĂ©lĂ©commande ne prend pas la ligne et n'attend pas de mot de passe, mais peut ĂȘtre pilotĂ©e localement par le poste,
dĂ©crochĂ©, prĂ©sent sur la ligne. Ceci permet de tester le fonctionnement du montage, mais aussi de positionner les relais dans une configuration dĂ©sirĂ©e. Lorsqu'aucune touche du combinĂ© tĂ©lĂ©phonique n'est appuyĂ©e pendant plus de 28s, le signal correspondant au raccrochage se fait entendre, et le systĂšme retourne en mode "normal". Le couple R8/C7 provoque un reset sur la broche 17 de IC3 Ă la mise sous tension. On notera par ailleurs que la broche 5 de IC3, qui est l'entrĂ©e d'interruption non masquable (NMI), est connectĂ©e au signal de prise de ligne. Cette disposition permet Ă la tĂ©lĂ©commande de prendre la ligne de façon quasi-instantanĂ©e dans le cas oĂč le rĂ©pondeur raccroche. De cette façon, la ligne ne peut pas ĂȘtre "chargĂ©e" simultanĂ©ment par la tĂ©lĂ©commande et par le rĂ©pondeur, ce qui pourrait avoir comme consĂ©quence de rĂ©duire excessivement le niveau des signaux sonores Ă©mis, ou les signaux DTMF parvenant Ă IC2. Les relais ne comportent pas de diodes anti-surtension, puisque celles-ci sont incluses par construction dans les boĂźtiers IC4 et IC5.
Réalisation
Pour obtenir le typon de ce circuit à partir de votre CD-ROM, préparez votre imprimante puis cliquez ici pour l'imprimer. AprÚs la réalisation du circuit imprimé, on commencera par souder les straps, simple face oblige ! On peut remarquer que les relais utilisés ici sont des modÚles nécessitant des supports à 12 broches. Comme ces supports ne sont pas courants, et que les lecteurs bricoleurs ont souvent divers modÚles de relais dans leurs fonds de tiroirs, l'implantation permet de monter des supports à 16 broches. Avec un cutter, du fil à vrapper, et un peu d'habileté, il est aisé de modifier proprement le cuivre pour y adapter le relais DIL de son choix ! On peut aussi utiliser des barrettes sécables à contacts "tulipe".
Autre particularitĂ©: les borniers prĂ©vus ici sont de simples barrettes de dominos. Economiques et faciles Ă trouver, il suffit pour les installer de fixer dans chaque borne un morceau d'un centimĂštre de fil rigide 10/10, de mettre en place la barrette sur le circuit imprimĂ©, puis de souder et couper chaque connexion. Les DEL D5 Ă D14, ainsi que les rĂ©sistances et straps associĂ©s, sont facultatifs. Ils seront toutefois apprĂ©ciĂ©s en mode local. Si le circuit est montĂ© dans un boĂźtier mĂ©tallique reliĂ© Ă la terre, il ne faudra pas y connecter la masse du circuit. Dans le cas contraire, le nĂ©gatif de la ligne PTT y serait Ă©galement, et ceci n'est pas une pratique homologuĂ©e! Dans le mĂȘme esprit, il conviendra d'utiliser un transfo d'alimentation Ă bon isolement.
Le programme du microcontrĂŽleur, TELECOM.HEX pourra ĂȘtre installĂ© depuis le CD-ROM sur votre disque dur, ainsi que le programme SETELEC.EXE. Ce dernier se lance en ligne de commande du DOS et permet de modifier certains paramĂštres inclus dans le fichier TELECOM.HEX. Il va de soi que toute modification de paramĂštre devra ĂȘtre effectuĂ©e avant programmation du microcontrĂŽleur! La commande "SETELEC ?" affiche les commandes possibles du programme. Les paramĂštres modifiables sont les suivants: Mot de passe: 4 caractĂšres (chiffres de 0 Ă 9, Ă©toile et diĂšse); par dĂ©faut: 1,2,3,4 Nombre de sonneries avant dĂ©clenchement: de 1 Ă 30; par dĂ©faut: 12 DĂ©lai de non activitĂ© avant raccrochage: de 14s Ă 252s par multiple de 14s; par dĂ©faut: 28s Il est bien Ă©vident que ces paramĂštres ne pourront ĂȘtre fixĂ©s qu'une seule fois, si le modĂšle de microcontrĂŽleur n'est pas effaçable (ST62T25). Bien que ce modĂšle coĂ»te moins de la moitiĂ© de la version Ă UVPROM (ST62E25), nous recommandons celle-ci. En effet, cette tĂ©lĂ©commande aura probablement un usage sporadique, et le microcontrĂŽleur pourrait alors ĂȘtre reprogrammĂ© pour des tĂąches plus nobles le reste du temps! Par ailleurs, il sera toujours possible de changer au moins le mot de passe.
Mise en service
AprĂšs les vĂ©rifications d'usage (court-circuits, sens des composants, etc..), et avant de placer les circuits intĂ©grĂ©s sur leurs supports, connecter le secteur sur TR1. VĂ©rifier la prĂ©sence du +12V en 9 de IC4 et IC5, et du +5V en 14 de IC1, 1 de IC3 et 5 de IC2. DĂ©brancher le secteur, attendre Ă©ventuellement la dĂ©charge des condensateurs de filtrage, et mettre en place les circuits intĂ©grĂ©s et relais. Connecter la ligne PTT, puis le secteur. VĂ©rifier que l'on mesure environ +48V sur R11, par rapport Ă la masse. Si la polaritĂ© Ă©tait inversĂ©e, il conviendrait de croiser les fils d'arrivĂ©e de la ligne PTT. DĂ©crocher ensuite le combinĂ© du tĂ©lĂ©phone, et appuyer sur le poussoir S1. Essayez diverses commandes. Chaque appui sur une touche est confirmĂ© par un bref bip aigu. Il faut attendre ce signal avant d'actionner la touche suivante. Une frappe trop rapide n'aboutirait pas, ou provoquerait une commande inattendue. Les diffĂ©rents signaux sonores doivent ĂȘtre perçus clairement (Ă©ventuellement par dessus le message signalant qu'il n'y a pas d'abonnĂ© au numĂ©ro composĂ©!) et les DEL correspondantes, si elles sont cĂąblĂ©es, doivent s'allumer. Ne pas oublier que le relais N°10 correspond Ă la touche du zĂ©ro. Si aucune touche n'est sollicitĂ©e pendant plus de 28s, le signal de raccrochage se fait entendre, et la tĂ©lĂ©commande est prĂȘte Ă ĂȘtre appelĂ©e par la ligne PTT. Une nouvelle pression sur le poussoir remet la tĂ©lĂ©commande en mode local. Pour sortir du mode local, on peut Ă©galement taper un code incorrect, comme deux fois un chiffre. Attention: il faut veiller dans ce cas Ă ne pas taper un numĂ©ro valide comme 11, 12, ou 13! Essayez ensuite la tĂ©lĂ©commande Ă partir d'une
cabine tĂ©lĂ©phonique, ou chez un voisin comprĂ©hensif! Une fois ces essais concluants, on pourra connecter sur la tĂ©lĂ©commande les dispositifs commandĂ©s. Attention de ne pas dĂ©passer les pouvoirs de coupure des relais. Si un relais de puissance doit ĂȘtre utilisĂ©, choisir un modĂšle 12V, qui sera placĂ© Ă l'extĂ©rieur de la platine. Il suffira de confectionner un "bouchon" Ă partir d'un support de circuit intĂ©grĂ©, strapĂ© en 2 et 16, et en 11 et 15, puis de remplacer par ce bouchon le relais DIL de la voie concernĂ©e. Ne pas perdre de vue que le ULN2004 peut fournir jusqu'Ă 500mA , et peut donc alimenter directement des dispositifs basse tension comme de petits moteurs. En cas de forte consommation, il faudra toutefois prĂ©voir pour TR1 un modĂšle musclĂ© en consĂ©quence, et dĂ©porter IC8 qu'on munira d'un radiateur ad hoc. Ce montage Ă©tant par vocation destinĂ© Ă rester alimentĂ© de longues heures, voire en permanence, il faudra assurer une bonne Ă©vacuation des calories, en particulier s'il est enfermĂ© dans un boĂźtier. A noter toutefois que la consommation de la tĂ©lĂ©commande en veille, lorsqu'aucune sortie n'est sollicitĂ©e, n'excĂšde pas une vingtaine de mA (sur le secondaire de TR1). Terminons en rappelant que tout dispositif connectĂ© Ă la ligne tĂ©lĂ©phonique doit faire l'objet d'une autorisation par France-TĂ©lĂ©com .
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